"Mon bien aimé par Ta majesté, à partir de cet instant, j'ai chassé entièrement de mon cœur le goût des choses de ce bas monde et j'ai détourné, une fois pour toute, mon regard de toutes Tes créatures pour n'observer et ne contempler que Toi!"
On raconta qu'un jour un voleur pénétra dans la maison de Rabia pendant qu'elle dormait. Il trouva une caisse remplie de vêtements destinés aux orphelins. Il les déroba et se dirigea vers la porte, sauf qu'il ne la trouva pas, il déposa son butin par terre aussitôt il trouva la porte. A chaque fois qu'il tente de trouver la porte la même scène se répétait. Soudaini il entendit une voix venant de nulle part et qui lui dit: "Dépose ces vêtements! Nous en sommes les gardiens. Nous ne te laisserons point les emporter, même si elle est assoupie. Ne te donne pas tant de peine car il y a bien longtemps que Rabia a confié le soin de sa personne au Seigneur Tout Puissant et nous ne permettons même pas à Satan de mettre le pied dans son ermitage. Alors toi, voleur, sache que si l'un de nos amis est plongé dans le sommeil, il y a toujours un ami qui veillera sur lui!"
On raconta qu' Al Hajjâj Ibn Yusuf Ath-Thakafi, un général Umayyad très célébre pour sa cruauté, nomma à Bagdad un gouverneur corrompu. Les habitants de la ville vinrent se plaindre à Rabia de l'injustice qu'il leur fait subir. Ils lui demandèrent de prier contre leur oppresseur. Elle leur répondit: "Si je prie Dieu pour qu'il périsse certes, il le fera. Mais plutôt que de le maudire, je vais lui faire des remontrances, Il pourrait se repentir et revenir au droit chemin." Rabia donna alors sa robe à Abda, sa dame de compagnie, et lui dit: " Remets cette robe au gouverneur et dis lui que Rabia lui envoie ses salutations. Dis lui également de ma part que cette robe est très précieuse à mes yeux. J'ai effectué avec mon service sur la voie de Dieu. Quand je quitterai ce monde, je ne pourrai laisser derrière moi que cette robe. Je suis une femme très pauvre, je ne possède ni palais ni chevaux. Cependant j'ai appris que tu as des palais et plusieurs chevaux. Tu voudras donc bien mettre cette robe sur l'un de tes chevaux. Tu me la remettras quand je serai très loin de toi à l'autre bout du Sirât* (Pont) qui traverse l'enfer vers le paradis." Quand cet homme cruel reçut le message et la robe de la main de Abda, il embrassa la robe, la serra contre sa poitrine, la frotta contre sa face, pleura longuement et il dit: " Ô ! Rabia, ton coup de fouet m'a réveillé de mon insouciance!". Ensuite il fit pénitence, remit à ses sujets tous les biens qu'il leur avait pris injustement et rejoignit la compagnie des hommes pieux. *Sirât est un pont se trouvant entre le lieu de la résurrection et le paradis et il est suspendu au dessus de l'enfer. Les êtres le traverseront après le jugement soit pour aller vers le Paradis ou tomber dans l'Enfer
Rabia Al Adawiyya a pour habitude de cultiver un petit jardin pour se nourrir et ne pas dépendre des autres. Un beau matin Elle sortit pour le voir et contempler la beauté de l'œuvre divine. Soudain les sauterelles le prirent d'assaut, voyant cela Rabia dit: "Mon Dieu! Tu es le seul garant de mon bien. Si telle est Ta volonté, donne le en pâture à Tes ennemis ou à Tes amis!". Aussitôt les sauterelles s'envolèrent et les plantes reprirent leur aspect initial.
On raconta qu'un jour Rabia sortit de chez elle en espèrant repêcher quelques âmes perdues. Arrivant devant la porte de Hassan Al Basri, elle vit des gouttes d'eau venir s'écraser sur la chaussée, elle pensa qu'il allait pleuvoir, elle s'arrêta pour s'abriter. Mais comme il ne pleuvait pas, elle leva les yeux pour voir d'où venaient ces gouttes d'eau. Elle vit , penché sur la terrasse de sa maaison, Hassan Al Basri qui pleurait à chaudes larmes. Rabia l'interpella ainsi en lui disant: "Hassan, observe bien l'origine de ces pleurs. S'ils sont le produit de ton ego, contrôle le. En toi, tes larmes devraient se transformer en un océan de sincérité où ton cœur sera installé sur un siège de Vérité auprès du Roi Tout Puissant."
On raconta qu'un jour Hassan Al Basri rendit visite à Rabia. Il l'a trouve en train de prier, il s'assied alors juste près de sa natte de prière et l'observa longuement. Il remarqua une épine qui pendait sur son front et Le sang qui coulait sur sa joue et sur sa natte. Quand elle eût fini de prier il s’exclama: " Qu'as-tu donc, ta natte de prière est tout en sang?" Rabia regarda autour d'elle et répondit: " Je jure par la gloire de Dieu qui a donné l'élévation de la foi à cette pauvre servante, la dernière de Ses créature que je suis totalement inconsciente de cet état. Mon cœur était tellement anéanti en Dieu que si tous les tourments décrits au sujet de l'enfer étaient réunis dans une épingle qui m'aurait piqué l’œil droit, je n'aurais rien ressenti. Et je jure que j'aurais arraché de son orbite l'œil gauche s'il était contracté de douleur ne fusse qu'une fraction de seconde!"
On demanda un jour à Rabia: " Quand le serviteur peut-il être satisfait?" Elle répondit: " Lorsque les épreuves de la vie suscitent en lui une joie égale à celle qu'il ressent en recevant les faveurs du ciel."
On raconta qu'un jour durant un cours de Rabia; Sufyan Al Thawri soupira et dit: " Mon affliction est à son comble.!" Ne mens pas lui répliqua Rabia. Dis plutôt: mon affliction est presque à son comble. car si tu avait atteint le comble de l'affliction, il ne te serait plus possible de vivre!
On raconta qu'un jour , Malik ibn Dinâr rendit visite à Rabia Al Adawiyya, en voyant la pauvreté dans laquelle elle vit, il fût très peiné et le cœur serré il lui dit: "J'ai des amis riches. Si tu veux j'irai leur demander quelque chose pour toi." Elle lui répondit: "Tu as mal parlé Malik. Pour tes amis comme pour moi, c'est le Seigneur qui donne le pain quotidien. C'est Lui qui pourvoit aux besoins des riches. Ne pourvoirait-il pas à ceux des pauvres? S'il lui plaît de me voir pauvre, qu'il en soit ainsi. Je ne peux devant Sa volonté que me soumettre le cœur joyeux!"
On raconta qu'un jour, en voyant Rabia portant des vêtements déchirés, quelques dévots lui dirent: "Bien de gens te donneraient une aide si tu leur demandais!" Elle regarda le ciel et répondit: "je rougirais de demander des biens de ce bas-monde à qui que ce soit. Ces biens n'appartiennent à personne en vérité. Ce sont des prêts entre les mains de leurs propriétaire!"
Mon bien aimé par Ta majesté, à partir de cet instant, j'ai chassé entièrement de mon cœur le goût des choses de ce bas monde et j'ai détourné, une fois pour toute, mon regard de toutes Tes créatures pour n'observer et ne contempler que Toi! Rabia Al Adawiyya
On raconta qu'un jour le mari de Abda apporta à Rabia, dans une écuelle de quoi manger. Rabia la mit par terre et partit allumer la lampe . Un chat vint et mangea tout. Quand Rabia revint chercher l'écuelle, elle la trouva vide. Elle alla se contenter de quelques gorgées d'eau mais la cruche lui glissa des mains et se brisa. Elle prit la lampe et se dirigea vers le puits, la lampe s'éteignit, .Rabia poussa alors un soupir qui fit bouger les murs de sa maison et s'écria: "Dieu que fais-tu donc subir à cette pauvre misérable?" Une voix lui répondit; "Ô Rabia si tu le désires ton Seigneur s'engage à mettre le bas monde en entier à ta disposition mais il fera abaisser dans ton coeur l'amour que tu as pour lui, car un seul cœur ne peut pas contenir l'amour de Dieu et l'amour de ce bas monde!" En entendant ces paroles Rabia jura: Mon bien aimé par Ta majesté, à partir de cet instant, j'ai chassé entièrement de mon cœur le goût des choses de ce bas monde et j'ai détourné, une fois pour toute, mon regard de toutes Tes créatures pour n'observer et ne contempler que Toi!"